Du véritable coût de l’open source

Des euros par milliersJ’ai l’impression que les responsables informatiques ne se rendent pas compte que l’essentiel des coûts d’un projet utilisant l’outil informatique ne sont ni matériels, ni logiciels, mais humains.

Le SMIC, à savoir le salaire minimum légal en France, a un coût salarial de 17.172 à 18.336 € par an pour 212 jours ouvrés (de 8 heures) environ, soit un coût à la journée de 81,00 à 86,49 €. Un Windows Vista livré avec un nouvel ordinateur (version OEM) est vendu à l’unité 214,99 € TTC ou 179,76 € HT pour la version la plus onéreuse, à savoir Windows Vista Ultimate. La licence OEM ainsi acquise est liée à l’ordinateur, ordinateur que l’on change habituellement tous les 3 ans à 5 ans. Il n’y a aucune raison raisonnable imposant de changer de système d’exploitation plus souvent que d’ordinateur.

Depuis quelques années, le gouvernement français a tendance à privilégier les solutions open source, essentiellement Linux, accompagné de Firefox, Thunderbird et Open Office, au détriment de solutions commerciales, essentiellement celles de Microsoft, en l’occurrence Internet Explorer et Office. La raison serait, d’une part, une baisse des coûts des acquisitions logicielles et, d’autre part, une indépendance des éditeurs de ces logiciels.

Or, beaucoup ont tendance à considérer que les logiciels open source, du fait qu’ils soient gratuits ne coûtent rien. C’est mal connaître le principe du modèle économique de l’open source, souvent opposé au modèle économique propriétaire , aussi qualifié de « commercial », laissant entendre — à tort — que l’open source ne le serait pas, commercial. En réalité, le modèle économique de l’open source vise à placer des logiciels gratuits chez les clients (sans support technique, ni garantie) pour leur vendre par la suite du service (support, garantie, formation, etc.), ainsi que d’éventuels autres logiciels propriétaires par ailleurs. Le modèle économique propriétaire vise à vendre aux clients des logiciels, en y intégrant généralement du service (dont le support technique, la garantie, etc.), quitte à leur vendre par la suite d’autres logiciels ou d’autres services. Ce qu’oublient de noter de nombreux adeptes de l’open source est que seul le logiciel est gratuit. Le service qui l’entoure, lui, est payant. Or, ce service a un coût, et un coût qui est loin d’être négligeable.

Aujourd’hui, c’est un fait : l’essentiel de la population utilisant un ordinateur à usage professionnel maîtrise les solutions logicielles Microsoft. Installer des outils logiciels d’un autre éditeur, c’est s’imposer un surcoût de formation. Car soit la formation est fournie de manière explicite et chiffrée, soit elle est faite sur le tas, à savoir au détriment de l’efficacité des autres tâches réalisées.

Revenons à nos considérations chiffrées : avec un Windows Vista Ultimate OEM vendu 179,76 € HT et un coût du SMIC de 81,00 à 86,49 €. Si l’acquisition d’une machine neuve dotée de Linux permet d’économiser 179,76 € HT d’acquisition de la licence logicielle, si au cours des 3 à 5 années d’utilisation de l’ordinateur, le salarié au SMIC passe plus de 2,2 jours à s’adapter à ce système d’exploitation, l’économie réalisée sur la licence n’est pas justifiée. Compte tenu du fait que le salaire moyen en France est environ 1,5 fois supérieur au SMIC, et que le salaire moyen d’un cadre est environ 3,5 fois supérieur au SMIC, forcer l’installation de Linux à grande échelle au détriment de Windows devient rapidement un véritable gouffre financier.

Or, d’expérience, pour avoir moi-même, et à plusieurs reprises, tenté d’exploiter la suite bureautique Open Office à la place de Microsoft Office en situation de production réelle en vue de réaliser l’économie d’un tel investissement, je sais que ce choix du gratuit contre le payant a un coût supérieur, à l’utilisation. Et pour cause : outre les bugs gênants et graves d’Open Office rendant son utilisation improductive en situation professionnelle, l’interface utilisateur, en 2008, est directement calquée sur celle de Microsoft Office 2000, suite bureautique datant de 1999. Et encore une fois, pour avoir utilisé ces deux solutions en parallèle à l’époque déjà, je peux vous assurer que les défauts d’implémentation de cette copie la rendent tout à fait inefficace en comparaison de l’original.

L’argument de l’indépendance est tout aussi erronné. En effet, si chacun peut en effet réaliser sa propre distribution Linux, à part des éditeurs commerciaux, personne ne le fait réellement, et aucune administration française, à ma connaissance, ne s’est lancée dans le développement d’une distribution Linux qui lui serait spécifique. Abandonner Windows permet de se rendre indépendant de Microsoft, mais en quoi la gendarmerie nationale devient-elle indépendante d’un éditeur logiciel tiers, ici Canonical, quand elle opte pour la distribution Linux Ubuntu ? Si le besoin est juste d’obtenir le code source de Windows afin d’en vérifier le contenu ou de le modifier, il suffit pour cela d’opter pour une licence Entreprise Source Licensing Program du Shared Source Licensing Program proposée par la firme de Redmond.

En réalité, j’ai l’impression que le gouvernement français vise à jouer sur la balance commerciale nationale, et préfère dépenser le budget national non pas dans l’acquisition de licences logicielles proposées par des sociétés américaines, mais plutôt dans les services de support, de formation et de maintenance nécessairement sur le territoire national. Et même si je considère ce choix des plus inefficaces et improductifs, en tant qu’informaticien, je ne saurais que l’applaudir, celui-ci visant à augmenter les besoins en services informatiques en France, et par conséquent susciter la demande, et par conséquent augmenter les prix, du fait de la loi de l’offre et de la demande. En tant que gérant d’une SSII basée en France et spécialisée dans les services, je ne saurais qu’encourager le gouvernement à persevérer dans son erreur, celle-ci profitant à tous les informaticiens du territoire, directement ou indirectement, sauf à ceux qui travaillent pour les filiales des grands éditeurs de solutions logicielles propriétaires étrangers, bien entendu.

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