Cyberpress vs Google.be

Des euros par milliersDepuis début septembre, il y a une actualité qui anime le monde de la presse dans le monde entier. Cyberpress, représentant une partie de la presse belge, a attaqué en justice Google, le moteur de recherche américain, pour atteinte aux droits d’auteur, aux droits dérivés et aux bases de données, Google exploitant les articles (enfin… leurs extraits !) de la presse belge sur son portail d’information Google News, les gardant par ailleurs dans le fameux « cache Google » (qui permet de consulter une ancienne version d’une page web dont le serveur serait momentannément défaillant). En gros, Cyberpress reprochait à Google de ne pas partager avec la presse belge les revenus publicitaires de son portail.

Alors reprenons les choses dans leur contexte :

  • la société américaine Google a pour objet d’organiser l’information mondiale ;
  • Google organise donc l’information, et notamment celle concernant les sites web, dont ceux représentés par Cyberpress ;
  • Google organise gratuitement l’information des sites web ;
  • Google propose au public d’exploiter gratuitement sa base de données de sites web ;
  • en somme, Google travaille gratuitement pour les sites web, en leur fournissant des visiteurs ;
  • Google finance son activité par la publiité que la société affiche sur ses pages de résultats.

Alors certes, vous allez me faire remarquer que le portail Google News est légèrement différent, puisqu’il propose une sélection de liens avec un aperçu des divers organismes d’information que le moteur référence. Je vous répondrai alors que je n’avais jamais vu de publicité sur cette partie du site.

Toujours est-il que, si j’ai bien compris, Cyberpress aimerait que Google rémunère les organes de presse dont il utilise le contenu, ce que Google ne fait pas. Ainsi donc, non seulement Google devrait travailler gratuitement en organisation l’information, non seulement Google devrait générer du trafic sur les sites ainsi mis en avant gratuitement, mais en plus, Google devrait payer pour le travail fourni. J’hallucine !

Alors voilà, Google, ne s’étant pas présenté à l’audience, a été condamnée par la justice belge à retirer de son portail d’actualités les références aux journaux représentés par CyberPress, et de retirer de son cache les sites concernés, en plus de faire apparaître sur son portail le jugement, sous astreinte financière impressionnante :

Après l’audience du 5 Septembre 2006, le Tribunal de Première Instance de Bruxelles a publié le jugement suivant.
TRIBUNAL DE PREMIÈRE INSTANCE DE BRUXELLES N° 2006/9099/A du rôle des référés Action en cessation En cause de: La société civile sous forme d’une société coopérative â responsabilité limitée COPIEPRESSE, inscrite dans la SCE 0471.612.218, dont le siège social est établi à 1070 Anderlecht, boulevard Paepsem, 22, partie demanderesse, représentée par Me Bernard MAGREZ avocat à 1180 Bruxelles, avenue Winston Churchill, 149; contre: La société de droit américain GOOGLE Inc., dont le siège social est établi à Mountain View, 94043 California, USA, 1600 Amfitheather Park Way, partie défenderesse, défaillante; […]

Je ne suis pas juriste, mais je devine que Google, sous la juridiction américaine, aurait pu ignorer ce jugement. D’ailleurs, l’entreprise ne s’est pas présentée à l’audience ! Aussi, j’en déduis que si l’entreprise s’est tout de même pliée à la décision de la justice belge était réfléchi et délibéré, faisant voir au monde entier les conséquences de telles attaques. Car les conséquences étaient logiques et parfaitement prévisibles : les sites web représentés par le plaignant se sont vus non seulement retirés du portail Google News, mais en plus, se sont vus bannis des résultats de recherche de Google.be ! Google étant leader sur le marché des moteurs de recherche, la conséquence première de cette décision est une baisse de fréquentation immédiate des sites des plaignants ! A force de vouloir le beurre, l’argent du beurre et la crémière, Cyberpress, légalement gagnante, se voit financièrement perdante dans cette affaire.

Mais au-delà de l’actualité, ce jugement m’intéresse directement. En effet, en tant que webmaster désireux d’accroître l’audience de mes sites, je passe un temps non négligeable à optimiser leur référencement, notamment en m’assurant que ceux-ci apparaissent sur l’ensemble des principaux moteurs de recherche, Google en tête. Aujourd’hui, un site comme Les perles du chat voit 65 % de son audience provenir du seul Google, 5 % des autres moteurs de recherche, et les 30 % restants provenant essentiellement de quelques annuaires et moteurs de recherche marginaux, d’autres sites, ou bien par accès direct, certains visiteurs étant des habitués.

Certes, en tant que webmaster et auteur principal des contenus publiés sur mes sites, liens y compris, je pourrais réclamer à Google une rémunération concernant les droits d’auteur, droits dérivés et l’utilisation de ma base de données (les pages de mon site !) Mais ai-je réellement intérêt à privilégier cette voie qui mettra en péril les 2/3 de mon audience ?

Autre point qui me touche directement : je maintiens un agrégateur de blogs. Celui-ci consiste à afficher le titre, le début et un lien vers un ensemble de blogs, à la manière d’actualités, façon Google News, même, mais dans un autre genre. Ma position était très simple : je fais une « revue de presse », certes automatisée, mais une revue de presse tout de même. La loi française m’autorise à le faire, même en cas de désaccord de l’auteur, la revue de presse et une utilisation courte et à titre d’exemple des articles cités font partie des quelques exceptions au droit d’auteur. Cependant, si quelqu’un voulait me traîner en justice, il utiliserait les mêmes arguments que Cyberpress ! Notez bien le si quelqu’un voulait me traîner en justice, car s’il voulait juste me voir retirer son flux, il lui suffirait de le retirer de son blog, m’empêchant alors de référencer ses articles d’un point de vue technique ! Une autre possibilité serait d’utiliser un fichier robots.txt, communément employé sur Internet pour bloquer l’accès à son site et aux informations qu’il contient aux robots d’indexation…

Enfin, cela étant, et même si j’aurais agi strictement pareil que Google en réponse à l’attaque de Cyberpress, Google applique le jugement avec un zèle impressionnant, car la justice belge n’avait pas explicitement demandé de bannir les sites de l’index des résultats de Google. Cela me paraît peu compatible avec la fameuse devise de Google, Don’t Be Evil… Qu’en dites-vous ?

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