De l’intérêt d’une identité virtuelle

Parce qu’il y a d’évidents enjeux économiques, il y a des solutions — plus ou moins adroites et efficaces — pour payer en ligne de manière sécurisée. Outre le chiffrement des données sensibles, on peut utiliser des mots de passes à usage unique (ou OTP pour One Time Password), voire même payer avec des cartes bancaires virtuelles, dont le numéro et le montant ne servent qu’une seule et unique fois chez le marchand. Les émetteurs de cartes de paiement proposent même des cartes de paiement anonymes, rechargeables. De quoi sécuriser la transaction, le moyen de paiement, ainsi que le consommateur.

Mais alors que nous protégeons notre argent, nous avons tendance à omettre de protéger l’essentiel : nous mêmes ! En effet, par la publication d’innombrables informations en accès public sur Internet, nous mettons en péril notre vie privée, nos emplois, et même notre sécurité.

En matière de vie privée, le désormais célèbre, bien malgré lui, Marc L., a pu découvrir, à ses frais, que confondre vie publique et vie privée pouvait s’avérer dommageable. Nul besoin d’être enquêteur de métier, journaliste ou policier, pour compiler de telles informations, en accès libre sur la toile. N’importe quel enquêteur du dimanche peut compiler la vie privée d’une famille entière. Mais ne croyez pas que le problème concerne uniquement la sphère privée ! D’innombrables informations confidentielles sont en accès libre sur la toile, pour qui sait où les chercher, les compiler et recouper. Comme le chiffre d’affaires d’un concurrent, mois après mois. Sans enfreindre une seule loi, l’intelligence économique peut s’avérer être un atout de guerre économique des plus intéressants. Malgré tous ses efforts, même l’armée aussi peut se voir confrontée à des indiscrétions sur ses missions secrètes. La culture du secret a ses limites.

D’où l’idée de créer des avatars dotés d’identités virtuelles.

Un homme a des problèmes d’érection dont il souhaite discuter sur un forum de vulgarisation médicale. Une femme attend son premier enfant et souhaite confronter ses impressions avec d’autres futures mamans, mais a peur que son employeur mette fin à sa période d’essai s’il l’apprend avant la fin du mois. Ils peuvent tous deux user d’une identité virtuelle jetable. Des identités jetables vierges de toutes traces numériques ? Pourquoi pas. Et pourquoi pas celles de tiers fictifs habitant à l’autre bout du pays ? D’ailleurs, leurs identités virtuelles respectives disposent déjà de blogs qui dévoilent quelques détails anodins de leur prétendue vie réelle. Leurs avatars respectifs sont même présents sur quelques réseaux sociaux tendance où ils échangent régulièrement avec leurs amis.

Une entreprise est sur le point de révolutionner son marché avec un produit innovant. On s’attend à une annonce au prochain salon professionnel en vogue. Les spéculations vont bon train et si les rumeurs persistent, la concurrence s’apprête à lancer une contre-offensive. Et si, pour tromper les concurrents, l’entreprise envoyait les cadres en charge du supposé projet en vacances ? Rien de bien officiel, sinon le détail du voyage, photos et récits de voyage à l’appui, sur les blogs personnels des collaborateurs clefs du projet. À ceci près que ces collaborateurs sont fictifs, malgré leur présence sur les réseaux sociaux professionnels, et les vives recommandations de leurs collègues, responsables et collaborateurs aux divers postes — fictifs — occupés.

Une offensive armée se prépare. Ou pas. Et si un État mobilisait ou démobilisait ses troupes ? Très disciplinés, les soldats ne racontent pas le détail de leurs missions en ligne. Mais quand, du jour au lendemain, quelques milliers d’entre eux cessent subitement de parler de la pluie et du beau temps sur réseaux sociaux, forums, blogs et autres endroits indiscrets, que pourrait en conclure une puissance étrangère hostile ?

Les usages de ces avatars ou identités virtuelles ne manquent pas, qu’ils soient légitimes ou non, d’ailleurs.

L’idée n’en reste pas moins là : créer et faire vivre des avatars virtuels, des identités virtuelles, fictives, et qui mimeraient l’activité humaine, la vraie, pour mieux s’y mêler. Un Les Sims, mais « en vrai » dans le monde virtuel de la toile.

Comments

  1. Reflexion très intéressante sur l’industrialisation de quelque chose qui existe déjà : « prêcher le faux pour obtenir le vrai », les pseudos sur les mailings lists ou les forums, les identités (plus ou moins) masquées pour bloguer sans porter le poids de sa « vraie » identité…

    A voir comment cela évoluera dans un monde numérique qui, justement, tend à supprimer les « doubles vies »: LCEN, eG8… sans oublier les règles facebook qui impose d’utiliser son vrai nom.

    A suivre!

  2. Autre usage, lorsqu’on arrive trop tard et que certaines traces restent gravés dans la mémoire du web… Créer un homonyme pour noyer le poisson.

    En lisant tes histoires d’identités virtuelles, je ne peux m’empêcher de relier ça à une production de « déchets du web », un tas d’informations certainement utiles à un instant donné, mais qui finiront dans l’oubli. Jette un coup d’oeil à http://www.ecribouille.net/numerique/laffaire-du-dechet-numerique/ qui parle de l’écriture d’un mémoire sur ces fameux déchets (je n’ai pas fini de lire le mémoire en question, mais j’ai trouvé ce que j’ai lu très intéressant).

Speak Your Mind

*